Accueil du site > Français > Cinéma > Paysages finlandais

Paysages finlandais

Un cycle de films finlandais au musée d’Orsay

lundi 2 avril 2012, par Edwige

JPEG - 6.5 Mo

Le musée d’Orsay a organisé, en parallèle de l’exposition consacrée à Akseli Gallen-Kallela (7 février-7 mai 2012), un cycle de films intitulé « Paysages finlandais » (9-18 mars 2012) : un événement pour les fennophiles car ces films sont raremement projetés [1].

Pourquoi avoir intitulé le cycle « Paysages finlandais » ? Au sens littéral d’abord, parce que la plupart des films présentés [2] ont été tournés en plein air et racontent des histoires dans lesquelles la nature occupe une place déterminante [3].

PNG - 640 ko
Aki Kaurismäki, Juha, 1999.

Juha, de Nyrki Tapiovaara (1937), est tourné à Kuusamo, une région sauvage située en Carélie du Nord, dans l’Est de la Finlande [4]. Les rapides y jouent un rôle déterminant, tout comme dans Le Chant de la fleur écarlate (Laulu tulipunaisesta kukasta, 1938) de Teuvio Tulio. Juha, la version de Kaurismäki, comporte également de nombreuses scènes champêtres, ce qui peut surprendre puisque le réalisateur tourne plus volontiers dans un environnement urbain [5]. Enfin, l’adaptation du conte Anti Puuhaara (Heikki Partanen, 1976) se déroule en Carélie, plus précisément dans les forêts caréliennes, où le héros est découvert enfant (d’où son nom Antti « de la branche ») et où il grandit, vivant de chasse et de cueillette.

À cet égard, Juurakon Hulda peut faire figure d’exception [6] : on n’y devine les paysages et la campagne finlandaise qu’à travers le personnage de Hulda, jeune paysanne qui réussit à s’intégrer à la société bourgeoise d’Helsinki et à dépasser sa condition sans jamais renier ses racines, son attachement à la terre. Au-delà des paysages et de cette nature idéalisée apparaît donc en filigrane une lutte pour l’indépendance.

JPEG - 81 ko

Au programme figuraient également trois courts-métrages réalisés en 1936 par Eino Mäkinen, un cinéaste finlandais connu pour ses documentaires ethnographiques consacrés à la vie rurale finlandaise, avec un intérêt particulier porté aux savoir-faire locaux. Ainsi, le spectateur a pu être initié à la fabrication d’une barque en tremble (Haaparuuhen Synty), à la fenaison (Hämeenkyrön Heinänteko) et à la culture sur brûlis (Kaskisavun Mailta). Ces courts-métrages documentaires assurent la mémoire de pratiques rurales menacées par l’industrialisation.

*

Cet attachement à la nature que l’on tend à attribuer aux Finlandais [7] s’est affirmé avec la montée en puissance des romantismes nationaux au XIXe siècle [8]. La Carélie est considérée comme le berceau du mouvement fennomane ; et on appelle cariélanisme la tendance artistique et littéraire qui consiste à diffuser des représentations romantiques de la région. Le cycle du musée d’Orsay témoigne donc de la persistance de ces motifs dans le cinéma du XXe siècle ; j’espère l’étudier plus en détail dans d’autres billets...

P.-S.

PNG - 11.3 Mo

Image d’accroche en haut de page : le programme imprimé (recto) du cycle est un dépliant qui reproduit en grand (au format A2), avec un effet tramé noir & blanc, Juha et Marja (le couple du film de Nyrki Tapiovaara). Les titres du programme ont été composés, de façon assez inattendue d’ailleurs, en Banco, la célèbre police du typographe marseillais Roger Excoffon, que l’on a associe en général aux enseignes et aux affiches publicitaires d’après-guerre. Ci-contre, le verso du programme.

Portfolio

Notes

[1] Les Parisiens ont la chance de pouvoir fréquenter le Centre culturel finlandais, qui a d’ailleurs reprogrammé, peu de jours après le cycle du musée d’Orsay, Juha de Nyrki Tapiovaara. On regrette le défunt festival de cinéma nordique de Rouen, davantage orienté vers les productions cinématographiques contemporaines, comme le festival (encore) parisien Ciné Nordica. Les curieux doivent éplucher les programmes de la Cinémathèque et des festivals à travers la France (cf. par exemple la rétrospective dédiée à Teuvo Tulio au festival international du film de la Rochelle cet été).

[2] Les six longs-métrages projetés respectivement les 11 et 16 mars (« À la campagne ») et les 17 et 18 mars (« En Carélie »).

[3] Rappelons que plus de la moitié de la superficie de la Finlande est occupée par les forêts et les lacs : « La Finlande [...] couvre 338 127 kilomètres carrés. Les paysages finlandais sont très largement marqués par les lacs qui occupent 33 474 kilomètres carrés et par le couvert forestier largement représenté (57 % de la surface totale), qui correspond à la forêt de conifères ou forêt boréale. » (Encyclopédie Universalis)

[4] Pour voir quelques images des paysages, notamment des rapides, si centrales dans le roman de Juhani Aho, visitez en images le parc national de Oulanka situé un peu plus au nord. Y naissent les rapides, notamment la rivière Kitkajoki et Oulankajoki.

[5] Peter von Bagh, Aki Kaurismäki, Cahiers du cinéma / Festival international de Locarno, 2006, p. 170.

[6] Mes remarques ne portent en effet que sur les films suivants : Juurakon Hulda de Valentin Vaala ; Anna Lisaa de Teuvo Puro ; Laulu tulipunaisesta de Teuvo Tulio ; Juha de Nyrki Tapiovaara et Antti Puuhaara de Heikki Partanen. La première journée « Vers l’indépendance » est de fait laissée de côté.

[7] ... aux Nordiques en général, car la singularité de ces « pays du Nord » n’est pas toujours bien perçue, de même que scandinave n’est pas toujours distingué de nordique.

[8] Première matinée du colloque « Le Nord. Un mythe artistique, musical et littéraire », musée d’Orsay, 30-31 mars 2012 : notamment les interventions de Anne Marie-Thiesse et Fabienne Chevalier.

Site en travaux

Site en travaux

Attention : un problème technique (serveur SQL) empêche l'accès à cette partie du site. Merci de votre compréhension.

Répondre à cet article