D’un album à l’autre, Albin de la Simone ne cesse d’étonner la scène de la nouvelle chanson française.
De son nom aux allures guindées nous ne connaissons rien, sinon qu’il aurait pour origine celui d’une petite rivière de Picardie. Révélation que d’ailleurs, il dément dans son journal en ligne – non sans ironie envers les journalistes et les lecteurs crédules –, en inventant une nouvelle histoire, cette fois résolument farfelue.
En effet, la Simone est bien plus qu’un simple patronyme : c’est la marraine imaginaire d’Albin, la source de tous ses fantasmes poétiques et musicaux. Une créature non seulement sensuelle, comme semble nous le suggérer la chanson Délice, mais aussi prometteuse : n’est-ce pas elle qui, dans sa morne retraite (le silence d’un studio déserté), improvise quelques notes sur un piano artisanal, allant jusqu’à filer un morceau de vingt minutes ? N’est-ce pas elle aussi qui, dans le livret du deuxième album, superpose comme un masque son gribouillage sur le portrait d’Albin : serait-elle jalouse de son brillant filleul ? Une mystérieuse relation s’est créée entre Albin et la Simone, un étrange mélange de prédation et d’amour maternel, si l’on en croit le petit poème en prose intitulé Simone : « […] vers la fin décembre, elle me savonne et m’épile, m’enferme dans une chambre froide jusqu’au mois d’avril. Alors avec les beaux jours, ma marraine en aménorrhée me déglace avec amour et m’avale d’un trait. »
Une fois introduit dans le cercle très fermé de (la) Simone, il nous est donné de découvrir un laboratoire collectif où cette mystérieuse créature est soumise, par les adeptes eux-mêmes, aux métamorphoses les plus insensées. En effet, l’espace qu’Albin lui a consacré sur son site n’est autre qu’un atelier de cadavres exquis en ligne : les internautes inscrits sont invités à partager, croiser et combiner leurs fantaisies respectives pour engendrer des monstres. Tous les avatars de (la) Simone sont visibles en ligne dans une interminable galerie qui nous présente des specimens rares, tantôt drôles, tantôt déroutants. Un véritable cabinet de monstruosités...
